Yves Citton est professeur de littérature et media à l’université Paris 8 Vincennes-Saint Denis et co-directeur de la revue Multitudes. Il a publié récemment Médiarchie (Paris, Seuil, 2017), Pour une écologie de l’attention (Paris, Seuil, 2014), Gestes d’humanités. Anthropologie sauvage de nos expériences esthétiques (Armand Colin, 2012), Renverser l’insoutenable (Seuil, 2012), Zazirocratie. Très curieuse introduction à la biopolitique et à la critique de la croissance (Paris, Éditions Amsterdam, 2011), L’Avenir des Humanités. Économie de la connaissance ou cultures de l’interprétation ? (Éditions de la Découverte, 2010), ainsi que Mythocratie. Storytelling et imaginaire de gauche (Éditions Amsterdam, 2010). Ses articles sont en accès libre sur www.yvescitton.net.

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Surprendre des emprises des programmations

Nous répétons que nous vivons dans un monde de « données » (data), en oubliant souvent qu’elles résultent toutes de « prises » (capta). Le rôle conjoint des artistes et des scientifiques pourrait bien être désormais de sur-prendre la façon dont les programmes gèrent la capture et le traitement des entre-prises dont se nourrissent les modèles économiques dominants. De quels types de sur-prises les gestes artistiques contemporains nous donnent-ils le modèle ? Quelle valeur politique pouvons-nous en tirer ? Cette intervention sollicitera la riche pensée de Vilém Flusser pour cadrer les enjeux de ce qui se joue entre nos gestes humains et les appareils programmés qui constituent désormais notre environnement de travail et de vie. Il ne s’agira ni de prôner une retraite de déprogrammation, loin des emprises néfastes et totalitaires de la programmation, ni de se contenter de reprogrammer (un peu mieux) les algorithmes de la computation ubiquitaire. L’enjeu semble plutôt consister à sur-prendre ce qui nous prend, sans prétendre pour autant lui échapper, mais en espérant faire dévier le cours des inéluctables entre-prises qui trament notre quotidien et notre avenir.